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 promenons nous dans les bois

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Baba Yaga

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Date d'inscription : 21/07/2013
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Localisation : devant l'isba qu'abrite le marais de mon âme

MessageSujet: promenons nous dans les bois   Sam 8 Fév - 9:57


Le sol est couturé d’anciennes crevasses, et dans chaque repli je lis encore le gouffre qui s’est ouvert autrefois, mon regard perce le sol torturé, sous l’humus un magma bouillonne, prêt à gicler.

J’ai laissé mes bottes au bord du sentier ; caoutchouc inutile. C’est donc pieds nus que j’arrache chacun de mes pas à la boue. Le bas de mon jean se constelle de taches brunes, je peine de plus en plus, chaque foulée s’accompagne d’un ploc poisseux, la terre veut à nouveau m’aspirer, je bouge, j’avance, effort pénible et douloureux. Mon corps aussi le sait et se serre contre mon âme, tout à coup la nausée revient, avec cette sensation d’étouffement, asphyxie, à peine je l’ai pensé que c’est passé, je doute même de mes perceptions, ce n’était que dans ta tête, fillette.

Le sentier est familier, je l’ai maintes fois parcouru, main dans la main avec une ombre, dont les mains protectrices s’ornaient parfois de griffes. Je progresse à quatre pattes, louve blessée à la recherche d’un terrier. Mes doigts s’enfoncent dans le sol, pourtant durci par des passages répétés, et je dois prendre garde aux racines. Je les connais par cœur, l’une d’elle traverse ici, sous le bouleau tordu aux branches couvertes de neige, feuillage improbable, un songe qui fond, et des questions qui s'égouttent ; plus loin c’est un pin à l’apparence de vieillard , il a poussé comme il a pu, son tronc raconte la lutte menée, je frotte mes genoux sur un bras résineux qui sort du sol, un autre jour je ne m’y serait pas blessée mais je traîne des croûtes promptes à s’écorcher. Soudain le tracé s’interrompt, la forêt s’est rapprochée et figée dans un murmure, je suis au bord d’une faille plus obscure, un œil aveugle béant sur le passé. L’instinct me dit de contourner, que ce sera plus facile et que même si je laisse un peu de ma peau grise aux taillis de ronce qui bordent à présent la piste, ce sera moins dangereux. Je crois être déjà venue ici, un non-souvenir, ou bien une de ces excursions songeuses dans l’autre réalité, celle où je peux me laisser gambader. Je sais qu’il est possible de traverser, il me suffit pour cela de vivre une autre vie, celle qui me permet d’exister hors de danger. La tentation est grande de me retrouver sur une route bien éclairée, debout sur mes deux pieds, il y a devant moi cette femme que j’ai soigneusement protégée, calfeutrée, ses pieds à elle sont propres et son âme bien nettoyée, elle sourit, me tend une main manucurée, il me suffit de ne plus être la louve à quatre pattes, je peux me lever et avancer sur le bitume , ne jamais plus tourner les yeux vers la forêt où gîte ce qui m’effraie, juste pousser ma vie sur la passerelles servie par le rêve et consolidée d’année en année jusqu’à ce qu’elle me paraisse plus solide encore que la réalité.

Mais une fois qu’on avance les yeux ouverts il est difficile de les refermer. Je vois le beau visage se ternir et se ratatiner, le leurre s’épuise peu à peu à maintenir le gouffre caché, or je sais à présent qu’il est là, dans le sentier de la forêt. Je ne peux pas le contourner, ni ronces ni route goudronnée ne sont une option à envisager. Il me faut descendre et remonter.

Pour l’instant je m’allonge dans la boue chaude et familière. Peut-être que je rassemble mes forces. J’ai cru que les mots m’avaient fuie, qu’ils se refuseraient à explorer ce puits. Mais je sens leur présence chaude sous la louve. Les racines courent autour de la faille, tissant d’incestueuses mailles. Ce qui est là ne dépend pas de moi, pas ma responsabilité. Mais le voile soigneusement bichonné s’est déchiré.
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